RECIT DE LA BATAILLE

D'après Jean-Claude Castex aux éditions du Phare Ouest

 Contexte : Après la défaite d'Orléans, les Anglais se rendirent compte que les Français allaient s'emparer des passages stratégiques sur la Loire : Jargeau, Meung et Beaugency.

Sir John Falstolf quitta donc Paris pour Jargeau le 9 juin avec des munitions de bouche et de guerre, ainsi que des renforts en effectifs pour Jargeau. En chemin, il apprit que Jargeau, puis Meung, avaient capitulé aux Français, lesquels venaient de mettre le siège devant Beaugency. Il marcha donc sur cette dernière forteresse anglaise pour la secourir. En campagne depuis le 10 juin 1429 avec 1 200 lances et les milices des villes de la Loire, Jeanne d'Arc apprit, une heure après la capitulation de la garnison anglaise de Beaugency, que les capitaines anglais Talbot, Scales et John Falstolf arrivaient avec un renfort de 5 000 hommes. Jeanne décida de leur livrer bataille. Elle envoya immédiatement une avant-garde de cavaliers commandée par les capitaines gascons La Hire et Xaintrailles, avec ordre de fixer les Anglais afin de donner le temps d'arriver au gros de l'armée française commandé par Jeanne d'Arc, Dunois et le connétable. Lorsque l'avant-garde les intercepta, les Anglais avaient  les survivants en pleine retraite de la garnison qui venait d'abandonner Beaugency ainsi que les restes de l'armée anglaise d'Orléans, laquelle -on peut s‘en douter— rêvait de faire payer aux Français la série d'humiliantes défaites qu'ils leur avaient infligées.

 

Chefs en présence  :

-  Du côté français, Jeanne d'Arc était accompagnée du Duc d'Alençon, du Connétable de Richemont, de Dunois, bâtard d'Orléans et de grands capitaines tels que La Hire et Poton de Xaintrailles.

- Les Anglais avaient pour chefs le grand Falstolf [Falstaff], Scales et Talbot.

 

Effectifs engagés : 

1 500 soldats français prirent part au combat. C'étaient les premières unités de l’armée française qui comptait en tout  12 500 hommes.

Les troupes anglaises totalisaient 6 000 hommes.

 

Stratégie ou tactique ; Terrain plat ou en pente très légère vers un ruisseau, mais coupé de nombreuses haies rendant la progression et les manœuvres difficiles. Les Français

procédèrent à une attaque frontale. Les Anglais étaient retranchés défensivement derrière des haies et des pieux acérés, la pointe dirigée vers le poitrail des chevaux français.

Mais à cause d'une imprudence [un cerf fut levé par un soldat ], l'effet de surprise fut inversé. La 22ème Règle du Chapitre lX [Les Marches] de L’Art de la Guerre du théoricien militaire chinois Sun Ta: se lisait ainsi : «Un envol d'oiseau indique que l'ennemi se tient en embuscade; lorsque les animaux sauvages, effrayés. s'enfuient, l'ennemi essaie de vous prendre par surprise.»

 

Résumé de l'action :

En apprenant que Jeanne d'Arc voulait l'intercepter, Talbot décida de lui tendre une embuscade. Il ordonna à son avant-garde qui escortait les chariots de ravitaillement et l'artillerie de se ranger en bataille à l'orée du bois de Lignerolles. Bien adossés à la forêt, les Anglais ne pouvaient être pris à revers par l‘ennemi. Devant eux les chariots leur servaient de parapet de protection. La position était excellente. Le Corps de bataille anglais s'installa sur la ligne de la Retréve. John Talbot range ensuite des troupes, dont 500 archers d'élite, derrière des haies vives qui encadraient la route, formant un étroit  goulet par où devaient passer les cavaliers français. Il espérait une répétition des tactiques heureuses [pour les Anglais] de Poitiers, d'Azincourt et d'Aljubarrota.

 Il n'était que deux ou trois heures de l'après-midi.

L'armée française avançait en trois Corps : l'avant-garde, à cheval, commandée par le Gascon Xaintrailles, puis le Corps principal [sous les ordres de La Hire]. Il comprenait des lances, des archers et des arbalétriers. Jeanne d'Arc qui s‘y trouvait voulait aller de l'avant, mais on l'en empêcha.

L'arrière-garde suivait.

L'embuscade anglaise était tendue. Quelques cavaliers français venus en reconnaissance, levèrent involontairement un cerf caché dans un fourré. L'animal s'enfuit vers les lignes anglaises de la vallée de la Retrève. À la vue du cerf, quelques soldats anglais -—un peu distraits ou qui croyaient les Français plus éloignés— poussèrent un cri de chasse que les éclaireurs français entendirent. La patrouille rétrograda immédiatement afin d‘avertir l'avant-garde de la présence des lignes anglaises en embuscade; inversant ainsi l'effet de surprise.

Les archers d'élite anglais étaient en train de fortifier leurs positions en plantant des pieux ferrés, suivant leur habitude désormais solidement établie, lorsque les cavaliers français de l'avant-garde fondirent sur eux, et, en quelques minutes, les mirent en fuite.

 

Ce fut le moment que choisit Sir John Falstolf pour ordonner le retrait de son armée vers Lignerolles où attendait l'arrière-garde solidement retranchée. Mais, ce retrait se faisant au grand galop, l'arrière garde anglaise crut que le Corps d'armée était en déroute. Elle prit peur", quitta ses positions fortifiées à la lisière du bois et se jeta sur la route de Paris. Abandonnant toute son artillerie, Faslstolf et son Corps d'armée suivirent, eux-mêmes poursuivis par l'avant-garde française, laquelle, après avoir exterminé les archers d'élite de Talbot, massacrait impitoyablement des centaines de traînards du Corps d'armée anglais.

Lorsque le Corps d'armée français entra dans le village de Lignerolles. il ne trouva devant lui que 800 fantassins anglais qui furent rapidement exterminé, étant trop pauvres pour laisser espérer une "honnête " rançon". La poursuite meurtrière se continua jusqu'à Janville.

 

Pertes :

Une bonne partie de l'armée anglaise fut détruite.

La panique de l'avant-garde provoqua une hécatombe. Ils perdirent 3400 hommes: 2000 tués et 1400 prisonniers dont quelques grands seigneurs rançonnables : Sir John Talbot, les seigneurs de Scale et de Hungerford. Lord Falcombridge. Richard Spencer et FitzGauthier...

Falstolf s'enfuit jusqu'à Corbeil, hors d'atteinte des Français. Les Français n'eurent que quelques morts, moins de cinq selon la plupart des historiens .

 

Conséquence de cette défaite anglaise :

La terrible défaite de Patay acheva de détruire le mythe de l'invincibilité anglaise, largement entamé par la défaite d'Orléans. Plusieurs forteresses anglaises de la région furent incendiées par leur propre garnison et abandonnées sans résistance avant même l'arrivée des Français. Certaines autres places fermèrent carrément leurs murailles aux Anglais en fuite désireux de s'y réfugier. Ainsi, quand les fuyards épuisés arrivèrent à Janville, où ils avaient laissé leurs bagages et leur argent avant la bataille, les habitants leur refusèrent l'entrée de la ville, gardèrent les bagages et firent serment de fidélité au dauphin Charles de France. Pourtant, les jalousies à la cour de France firent que, contrairement à l'avis de Jeanne d'Arc, les victoires d'Orléans et de Patay ne furent pas exploitées avec vigueur pour s'emparer définitivement des territoires anglais .

Récit de la bataille de Patay sur le Répertoire des combats franco-anglais de la Guerre de Cent Ans par Jean-Claude Castex aux Editions

Phare-Ouest